Agir

Quelques comportements et réflexes pour apporter, dans le quotidien, votre soutien à la vie de la démocratie.

Naviguer dans les dangers de l’information

Abandonner les faits, c'est abandonner la liberté. Si rien n'est vrai, nul ne peut critiquer le pouvoir faute de base pour le faire. Si rien n'est vrai, tout est spectacle. Le portefeuille le mieux garni paie les lumières les plus aveuglantes.

Timothy Snyder, "De la Tyrannie"

Intox qui démotive, rumeurs qui mettent en colère ou font perdre les repères… L’information est devenue un champ de bataille. Comment ne pas se faire manipuler, et comment éviter de remettre une pièce dans cette machine infernale ?

  • Ne pas diffuser d’information sans en citer la source ; et vérifier les sources des informations que l’on nous propose. Reconnaître les signes que l'on se fait avoir : par exemple si on a envie de partager un article dont on n'a lu que le titre, parce qu'il nous fait bouillir ou bien qu’il raconte exactement l'histoire que nous avons envie d’entendre.

  • La presse professionnelle souffre, à l’heure du web et des sites à clics. Pourquoi ne pas s’abonner à un journal respectueux des principes d’une presse sérieuse ;

  • par exemple, qui ne publie pas n’importe quel scoop sans vérification, qui ne relaye pas les appels à la haine.

  • Autant que possible, soumettre à un examen critique ce qu’on entend et lit, et appliquer cet esprit critique à sa propre pensée. Identifier ses propres biais.

Pratiquer la démocratie et le débat

La démocratie, ça ne se passe pas seulement dans les partis politiques et les assemblées parisiennes. Chacun peut donner l’exemple.

  • Voter à chaque élection, ou se faire remplacer. Il y a des pays où l’on meurt pour gagner ce droit, ne le négligeons pas.
  • Accepter le débat avec les gens prêts à discuter, même quand leurs opinions nous déplaisent. C’est justement là que l’on peut changer des choses.
  • Pratiquer la politesse dans ces échanges, et même de la cordialité si c'est justifié. Montrer que l’on peut être en désaccord et pourtant se respecter – ça peut sembler évident, mais beaucoup préfèrent se défouler ou s’écouter. Comment convaincre sans vrai dialogue ?

Réseaux sociaux : bien choisir

Se connecter sur Facebook, sur X ou sur WhatsApp, c’est devenu une habitude, parfois une addiction. Quel mal à cela ?

Au-delà de l’effet sur la santé mentale, sur la concentration, et des risques pour vos données personnelles, mieux vaut ne pas alimenter une machine qui travaille contre nous. Tous les réseaux vendent des publicités basées sur les comportements qu’ils enregistrent : votre simple présence leur profite. Mais à quoi contribue notre fréquentation ?

  • X (ex-Twitter) a été racheté par l’auteur de saluts nazis lors d’une cérémonie télévisée. Depuis cette acquisition, beaucoup de gens ont quitté ce réseau à cause de l’agressivité croissante des trolls d’extrême droite, et de l’absence de modération sous prétexte de liberté de parole (la violence verbale en masse, ça fait des dégâts). Vous avez peut-être encore besoin de X, mais demandez-vous quand même si c'est une bonne chose de fournir une audience à des personnes que le débat n’intéresse pas ? Il y a une grosse nuance entre débattre et faire le jeu de l’adversaire, considérez cela avant d’aller y chercher la contradiction.
  • Facebook et WhatsApp, en plus de leur peu de respect des données personnelles des utilisateurs, appartiennent à un homme qui s’est aligné délibérément sur les politiques les plus agressives de Trump, renonçant préemptivement à des formes de modération qui protégeaient les minorités.
  • Facebook reste un terrain favorable pour les tentatives de manipulations électorales par des puissances étrangères, la désinformation, ou juste de gros n’importe-quoi toxique. Ça vaut la peine de se demander si on a vraiment besoin d’y participer.
  • Tiktok peut sembler inoffensif, mais l’influence politique de ses videos virales est désormais avérée, et le fait que le développeur (ByteDance) soit une société chinoise sujette aux injonctions d’un État totalitaire ne rassure pas.

La solution la plus simple et la plus efficace consiste à se retirer purement et simplement des réseaux et supprimer vos comptes, mais il n’est pas toujours facile de les bannir entièrement de votre vie ; vous pouvez commencez par réduire votre usage. Chaque clic de moins, chaque seconde de moins passée sur ces réseaux donne un peu moins à manger à la bête.

Ces mécaniques addictives sont devenues très fortes pour capter notre attention ; essayez de supprimer ou réduire les notifications, par exemple en bloquant les pop up tout en laissant les badges de notifications non lues sur l’app.

Ne pas avoir peur de parler

Parfois on assiste a des comportements qui nous dérangent, mais on n’ose rien dire. Des blagues racistes, des propos homophobes, des considérations défaitistes ou subversives. Il n’en faut pas beaucoup pour que chacun s’imagine que c’est ça, le consensus du groupe. Ce silence encourage la personne qui parle à aller plus loin, et décourage ceux qui pourraient s’opposer. Mais souvent, il suffirait d'une personne qui exprime franchement son désaccord pour que d’autres parlent à leur tour, pour que ceux qui se croient tout permis rencontrent une opposition.

  • Vous pouvez débattre, ou vous pouvez dire seulement, « Je ne suis pas d’accord ». Sans agressivité, mais avec clarté. Se manifester, c’est déjà beaucoup.
  • Vous ne vous sentirez pas bien au moment de parler, avec l’impression de s’élever contre un groupe entier ; mais cette gêne est passagère, c’est le prix à payer pour donner l’exemple. Rosa Parks a refusé de s’asseoir dans le bus là où la ségrégation US le lui disait, et soudain tout le monde l’a suivie. Chacun peut devenir la voix qui brise l’illusion de la victoire des extrêmes.
  • Mesurer quels risques on est prêt à prendre : est-ce que ça passe avec des copains ? Avec la famille ? Et avec les collègues, est-ce qu’on peut encore essayer ? Et dans le métro ? À chacun de décider, en sachant que ne rien dire, c’est accepter.

Soutenir des causes

Envoyer un peu d’argent, régulièrement si possible, à des organisations qui travaillent sur le terrain, même si vous ne le faites pas vous-même, c’est une manière très appréciée de rendre leur effort possible.

  • En France

  • L’Ukraine se bat pour sa liberté et son droit à exister. On y voit plus de conviction démocratiques que dans beaucoup de milieux d'Europe de l'Ouest. Les soutenir, c’est aider l’Europe à rester libre et forte.

  • Sous nos yeux, les Etats-Unis sont en train de basculer dans l'autoritarisme. Si vous connaissez des gens qui s'opposent à ce naufrage organisé, ils apprécieront certainement un petit coup de pouce ou même un mot de soutien. Ce qui arrive là-bas pourrait un jour se produire chez nous.

  • Contribuer aux campagnes de soutien financier à Wikipedia ; même un site aussi consensuel a été attaqué par l’extrême-droite américaine.