Pourquoi ?

Pourquoi en 2026, la démocratie a besoin d’être défendue.

Trop souvent, on défend la démocratique avec un argument moral paresseux du type « il faut, parce que c’est bien ! »… et c’est tout. Ce discours prête le flanc à la thèse toxique de « l’homme-fort-pragmatique-qui-a-des-résultats, lui ». Sous-entendu : on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, il faut être réalistes, etc.

Pourtant la démocratie n’est pas un luxe de privilégiés, mais un besoin vital pour le bon gouvernement des États.

On explique ici pourquoi avec des raisons concrètes.

La démocratie sert à empêcher quiconque de s’approprier l’État pour en user à des fins personnelles, profit, gloire ou règlements de compte.

Elle est rarement parfaite, mais c’est un rempart contre la tyrannie, le règne de la corruption et de l’incompétence.

L’autoritarisme mène à la stagnation et à la corruption, et se termine en catastrophe.

Et nous avons besoin plus que jamais qu’on nous le rappelle.

Pourquoi la démocratie est menacée

De l’intérieur

  • Montée des extrêmes, qui ont mangé l’espace autrefois occupé par des partis plus attachés au respect des règles et des opinions différentes.

  • Montée de la violence en politique, dans les actes comme dans les discours de haine, accompagnée d’une hausse de la violence contre les minorités.

  • Diffusion du discours raciste : alors même que sous prétexte de « wokisme » on nous serine qu’« on ne peut plus rien dire », jamais on n’a autant entendu de propos islamophobes, antisémites, de repli sur une supposée identité chrétienne…

De l’extérieur

  • Influence croissante des puissances autoritaires, Russie de Poutine et Chine de Xi JinPing ; qui se traduit notamment par l'explosion de la désinformation sur les réseaux sociaux.

  • Tentatives d’influence du trumpisme (promotion de l’AfD, des candidats extrêmes et antidémocratiques en Europe), qui dénigre et attaque systématiquement les principaux éléments d’un système démocratique : presse libre, opposition, minorités…

  • Vague antidémocratique qui se déploie dans le monde et donne l’impression que c’est l’avenir qui nous attend : Trump, Meloni, Kast… Sans compter ceux qui sont passés et pourraient revenir : Bolsonaro, Orban…

  • Ce n’est pas juste nous qui le disons.

Par elle-même

La classe politique « républicaine » devrait être la première à défendre la démocratie, mais elle manque souvent à son devoir. En France cette classe est jugée très négativement par l’opinion publique :

  • des élites dirigeantes déconnectées et méprisantes.

  • la médiocrité des dirigeants, leur manque de compétence.

  • la corruption et l'entre soi, la classe politique vue comme un milieu fermé de profiteurs ; le manque de choix dans les candidats.

  • la perte de crédibilité des institutions et de la classe politique.

  • L’exécutif français de plus en plus autoritaire, d’hyper-président en 49.3 et en non-cohabitation ; l’état d’urgence antiterroriste permanent qui crée une dérive policière.

Cette déception explique pourquoi beaucoup ne se rendent plus compte de la chance qu'ils ont d'être libres. Certains se plaignent de vivre sous une dictature, d’autres ne seraient pas mécontents d’y être. Notre société oublie ce qui fait la valeur de la démocratie.

Pourquoi la démocratie est importante

Sans démocratie, impossible de renvoyer les gouvernants incompétents ; les autocrates mettent l’État au service de leur profit personnel et de leurs copains, tandis que les gens ordinaires n'ont aucun recours. Voilà pourquoi le gouvernement doit rendre des comptes au peuple.

La démocratie, c'est la souveraineté du peuple. Elle est à la base de notre société, et on l'oublie à ses risques et périls. Sans démocratie,

  • Pas de critique ou de sanction possible pour un gouvernement incompétent, malhonnête ou corrompu.

  • Pas de recours contre les injustices, si ceux qui les commettent sont du côté du pouvoir. Leurs amis haut placés les protègeront. Pas de recours non plus pour les minorités que l'on opprime.

  • La démocratie est la condition, le prérequis d'une vraie méritocratie. Dans une dictature, les alliés politiques auront toujours la priorité : faute de légitimité populaire, la priorité du régime est de conserver son emprise.

  • C’est le retour des conflits et de l'impérialisme : hors de contrôle, les mégalomanes se lancent dans des guerres de conquête. L'usage de la force militaire renforce l'image de puissance qui les fait respecter, ou juste craindre. C'est aussi une diversion commode quand leur mauvaise gestion dégrade la situation intérieure.

Aucune démocratie ne fonctionne parfaitement, il n’existe pas de formule magique ou de solution universelle ; certaines s'en sortent mieux que d'autres, et cela peut changer avec le temps. Mais les régimes autoritaires marchent beaucoup moins bien.

On ne fera pas face aux temps de difficultés en se tournant vers un homme fort ou un discours de haine, mais en renforçant les institutions et l'adhésion qu'elles suscitent.

Pourquoi elle n’est pas faible

On considère souvent que les institutions démocratiques sont un frein à la prise de décisions difficiles, que les gouvernements ne peuvent pas prendre les mesures impopulaires qui sont parfois nécessaires.

La démocratie n'est rien sans l’adhésion du peuple, mais avec elle, elle est invincible.

Exemple : l’Ukraine n’a pas été vaincue en 2022 parce que la population a soutenu massivement son gouvernement et ses institutions.

Autre exemple : quand le gouvernement ukrainien a voulu restreindre les pouvoirs des agences anti-corruption (Juillet 2025), les manifestations l’ont obligé à faire machine arrière et ont protégé ces institutions essentielles.

La force des démocraties, c'est que chacun est tenu de remplir sa fonction sous l'œil du public. Au contraire les potentats autoritaires dissimulent leurs abus de pouvoir derrière des médias aux ordres, ils font taire les critiques par l’intimidation, les procès ou la violence. Il ne faut pas se laisser avoir par la manipulation de l'information.

Ce soutien n’est pas acquis d’avance ; le drame des régimes démocratiques, c’est l’usure et la désillusion, qui amène à rejeter le système alors que ce sont les dirigeants qui ne sont pas à la hauteur.

Les institutions démocratiques défendent la souveraineté du peuple, mais leur force dépend de ceux qui les occupent.

Pourquoi l’autoritarisme mène à la corruption

Si on laisse trop longtemps quelqu’un avec la clef du tiroir-caisse, il va finir par se servir, surtout si personne ne regarde.

"Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument" : ceux qui se trouvent au pouvoir sont toujours tentés d’en abuser, de piocher dans les caisses, de rendre des "services" à leurs amis aux frais de l’État... Plus le temps passe, et plus ils se laissent aller.

Si un parti reste trop longtemps au pouvoir sans être remis en cause, il finira par traiter l’État comme sa propriété : se partager les postes, se servir sur la bête. La tentation est simplement trop forte.

Ce n'est pas un hasard si les États chinois et russe font régulièrement des campagnes anti-corruption à grand spectacle : ils ont besoin de convaincre, car en réalité c'est un énorme problème qui les ronge de l'intérieur. C’est aussi un outil commode pour les purges politiques : comme tous sont corrompus, cette accusation permet d'écarter n'importe qui, en fonction des besoins.

La corruption n'est pas juste l'affaire de quelques scandales. A grande échelle, elle pervertit toutes les fonctions de l’État et des entreprises, crée des systèmes dysfonctionnels où l'on ne réussit pas en fonction de ses mérites, où les lois ne s’appliquent plus pour ceux qui peuvent payer.

Comment reconnaître quand l'Etat devient la propriété d'un homme ou d'un groupe ? Quand on glorifie les dirigeants et que la critique est découragée, quand leur pouvoir et leur ego passent devant les responsabilités vis a vis de ceux qu’ils gouvernent. La construction de palais, l'affichage de portraits géants et la servilité des journalistes sont des signaux d'alarme classiques.