« Les régimes autoritaires sont plus forts, plus efficaces »
Depuis quand c’est efficace de choisir ses équipes pour leur obéissance plutôt que leur compétence, d’engager des copains, de n’écouter que les flatteurs ? Un chef que personne n'ose contredire prend-il vraiment de bonnes décisions ?
En réalité la corruption mine ces régimes, et l'effet de cour aussi : quand le chef ne veut entendre que des gens qui sont d'accord avec lui, les porteurs de mauvaises nouvelles renoncent à s'exprimer. Ils prennent beaucoup de mauvaises décisions, basées sur un objectif personnel ou une vision déformée de la réalité, comme d'envahir l’Ukraine en pensant gagner la guerre en 3 jours.
Exemples
L'ascension de la Chine doit beaucoup à son capital humain et culturel, et à l'adoption d'un modèle capitaliste efficace et sans pitié. La détermination du Parti communiste chinois a joué en sa faveur quand il fallait choisir des politiques et les faire appliquer ; les régimes autoritaires sont forts pour obtenir l'obéissance (en réalité ils sont terrifiés de toute révolte). Mais ils n'aiment pas entendre les mauvaises nouvelles, et punissent souvent les messagers ; alors pour éviter le blâme, on met les alertes sous le tapis comme à Wuhan en 2019, aux début du COVID 19. Des mois ont été perdus dans le déni et le blâme.
Pendant des décennies, le régime cubain a représenté l'espoir des peuples sud-américains qui voulaient s'affranchir de régimes oppressifs post coloniaux. Mais après des réalisations prometteuses dans la santé et l'éducation, le pays s'est enlisé et la promesse d'une prospérité partagée n'a jamais été tenue. La faute aux sanctions américaines, à l'essoufflement d'un modèle inspiré du soviétisme, mais aussi à une classe dominante bien installée qui se servait du pouvoir à ses propres fins. La succession de Fidel Castro par son propre frère n'était pas un hasard, mais la conséquence logique de l'accaparement du pouvoir par une famille (népotisme) et du culte de la personnalité.
Il y a un discours qui appelle l’autoritarisme sous prétexte que l’on touche le fonds et que des mesures extrêmes sont nécessaires ; le « ça ne peut pas être pire ». Dans les années 1900, l’Argentine avait une richesse par habitant élevée pour l’époque. Buenos Aires était une ville moderne avec voitures et immeubles. Ça évoquait un peu des États-Unis du sud de l’Amérique. Puis tout s’est effrité, l’économie de produits primaires, l’impasse populiste de Peròn, ses successeurs qui rament, la montée d’une polarisation violente à gauche comme à droite… En 66 premier coup d’état, soutenu par les milieux conservateurs pour qui un homme à poigne serait « plus efficace ». Ça ne règle rien, Peròn revient, et en 76 deuxième coup d’état par le général Videla. Cette fois-ci du changement, ils en ont eu : 35000 disparus, la répression, la torture de masse, les enfants volés et adoptés par les familles proches du pouvoir. Et pour finir, l’aventurisme militaire catastrophique des Malouines. Mais avant ça, beaucoup s’étaient dit que « ça ne pouvait pas être pire ».
Allons même plus loin : la démocratie fonctionne mieux globalement, on l’observe dans les indicateurs de développement. Ceux qui mettent en avant la Chine oublient qu’elle suit (avec un temps de retard et une taille supérieure) l’évolution de tous les pays de la région, probablement pour les mêmes raisons.
Lors de la guerre froide, si le camp démocratique l’a emporté, ce n’est pas parce qu’ils étaient plus « gentils » mais parce que leurs économies et leurs sociétés fonctionnaient mieux.