Et l’extrême-gauche ?
En une période de montée des extrêmes des deux bords, on pourrait être tenté de tous les fourrer dans le même panier. Sur ce site on parle surtout de l’un des deux extrêmes (à vous de deviner lequel !) ; certains constats s’appliquent aussi à l’autre bord, mais pas tous.
Par extrême-gauche ou gauche radicale, on désigne ici les partisans de l’abolition du capitalisme et de l’économie de marché, les proches des thèses communistes et trotskistes, etc. Il existe beaucoup de chapelles et de différences, et notre objectif n’est pas d’en faire une étude détaillée mais de relever les traits les plus structurants.
Les tendances antidémocratiques
- Un penchant pour la violence politique, verbale (invectives, menaces) et physique (émeutiers, groupuscules violents). Tenir un discours insurrectionnel ou excuser la violence politique y contribue : les paroles des leaders encouragent leurs partisans à agir, ce ne sont jamais des mots en l’air.
- La sympathie, voire l’admiration pour des autocrates tels que Castro ou Chavez, malgré les leçons des révolutions culturelles, des Khmers rouges et des fiascos latino-américains. Parfois cette sympathie s’étend à la Russie, pour des raisons qui nous échappent : l’URSS n’est plus, même si ses symboles ont été remis au goût du jour par des nostalgiques de son empire.
- Le rejet du « système » : les mouvements radicaux mettent en cause le capitalisme, l’économie de marché, la marchandisation du monde, et c’est leur droit. Cependant, quand ils attaquent aussi les principes de la démocratie, on a intérêt à bien comprendre ce qu’ils comptent mettre à la place. Parfois ils visent juste à en saboter le fonctionnement, et ce n’est pas sans danger.
- Un discours de haine de classe, raisonnement clivant en « nous » contre « eux ». Même requalifié comme expression d’une « colère », il attise les divisions et les émotions, dont les démagogues se servent pour manipuler l’opinion.
- La démagogie de partis d’opposition qui peuvent faire des promesses irréalistes, car ils n’ont aucune chance de devoir les tenir.
Particularités
Mais ces tendances antidémocratiques se différencient de l’extrême droite :
- Les « boucs émissaires » de l’extrême-gauche sont généralement des puissants, pas des minorités vulnérables.
- Ces mouvements n’exaltent pas le nationalisme et le culte des origines, mais des valeurs universalistes (en général).
- Les groupes qui les soutiennent sont sans commune mesure avec ceux de l’extrême droite. Nous sommes loin du monde de la Guerre Froide où deux blocs se faisaient face ; aujourd’hui la plupart des pays dits communistes pratiquent un mélange de nationalisme, de conservatisme social et d’économie de marché. Il n’y a pas de coalition d’états et d’oligarques d’extrême-gauche cherchant à faire basculer l’Europe dans leur camp, rien de comparable à l’écosystème d’idées et d’influence qui s’est constitué autour des MAGA, partis soi-disant souverainistes, magnats des média (Murdoch aux États-Unis, Bolloré, Arnault en France…), avec autrefois le pivot inévitable de Victor Orban, et l’aide plus ou moins ouverte de Moscou.
- Ces mouvements restent contestataires, subversifs voire insurrectionnels, alors que l’extrême droite ajuste son discours à mesure que son poids électoral augmente.
Le drame historique de l’extrême gauche
La gauche radicale a souvent servi de marchepied aux partis qu’elle voulait combattre. Quand le parti nazi était au portes du pouvoir en Allemagne, il s’est servi de la peur du communisme pour se rallier les milieux d’affaires et former une alliance qui l’a porté au gouvernement. Les guérillas violentes d’Amérique latine, sentier lumineux du Pérou ou montoneros d’Argentine dans les années 70, ont fourni aux régimes en place le prétexte de l’autoritarisme et de la répression politique – car il fallait « rétablir l’ordre », et les institutions.
Stratégie délibérée de radicalisation des tensions, l’activisme violent vise à mettre en faillite les institutions, et à transformer le règlement politique des conflits en confrontation dure. Anti-démocratique dans ses objectifs, même son échec peut mener à une dictature.
Il suffit alors à l’extrême droite de poursuivre une stratégie de respectabilité pour prendre l’avantage dans les urnes. En mettant en sourdine ses tendances les plus extrêmes, en présentant un programme « raisonnable » de gouvernement elle prend à contrepied la gauche de la gauche, dont elle fait un repoussoir. Si cela vous rappelle ce qui se passe en France, c’est normal. En exploitant les sujets clivants et les colères, en faisant « peur aux bourgeois », la gauche radicale française s’inscrit pleinement dans ce schéma qui annonce l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.